Les frontaliers dans le bâtiment à Genève
Chaque matin, des dizaines de milliers de travailleurs traversent la frontière pour rejoindre le canton de Genève. Ils travaillent dans la santé, l'hôtellerie-restauration, les services, le commerce, mais également dans un secteur particulièrement visible : le bâtiment.
Maçons, peintres, carreleurs, électriciens, menuisiers, techniciens, chefs de chantier ou conducteurs de travaux : les travailleurs frontaliers font aujourd'hui partie du fonctionnement quotidien de nombreux chantiers genevois.
Cette présence suscite pourtant régulièrement des débats. Circulation, concurrence sur le marché du travail, pression sur les infrastructures : les critiques existent et certaines préoccupations des résidents genevois peuvent se comprendre.
Mais derrière le débat sur les frontaliers se trouve surtout une réalité économique : Genève et la France voisine sont devenues extrêmement interdépendantes.
Pourquoi autant de frontaliers travaillent-ils à Genève ?
La première explication est géographique.
Genève possède une particularité évidente lorsqu'on regarde une carte : le canton est presque entièrement entouré par la France.
Annemasse, Gaillard, Ambilly, Saint-Julien-en-Genevois, Archamps, Ferney-Voltaire ou encore le Pays de Gex se trouvent directement dans le bassin de vie genevois.
Pour de nombreux habitants de ces communes, travailler à Genève représente donc un déplacement quotidien comparable à celui effectué entre deux communes d'une même agglomération.
La frontière administrative existe, mais le marché de l'emploi dépasse largement cette frontière.
Être frontalier ne signifie pas forcément être Français
C'est une distinction souvent oubliée dans les discussions.
Un travailleur frontalier est avant tout une personne qui réside dans un pays et exerce son activité professionnelle dans un autre.
Les personnes qui habitent en France voisine et travaillent à Genève ne sont donc pas nécessairement françaises.
Suisses installés de l'autre côté de la frontière, ressortissants européens et personnes d'autres nationalités peuvent également faire partie des travailleurs frontaliers.
Le phénomène frontalier est donc plus large qu'une simple relation entre travailleurs français et employeurs suisses.
Il reflète surtout la réalité d'une agglomération transfrontalière dans laquelle logement, emploi et déplacements sont étroitement liés.
Pourquoi la présence des frontaliers peut-elle déranger certains habitants ?
Il serait également trop simple d'ignorer les difficultés que cette situation peut provoquer.
La plus visible est probablement la circulation.
Chaque matin et chaque soir, les principaux axes reliant la France voisine à Genève connaissent une circulation importante. Pour une personne qui habite et travaille dans le canton, passer quotidiennement du temps dans les bouchons peut naturellement créer de l'agacement.
À cela s'ajoutent les questions liées aux transports publics, au stationnement, aux infrastructures et, plus généralement, à la croissance rapide de l'agglomération.
Certains résidents peuvent également avoir le sentiment que la concurrence augmente sur le marché du travail.
Ces préoccupations méritent d'être entendues plutôt que caricaturées.
Le débat devient cependant plus complexe lorsqu'on observe les besoins réels de l'économie genevoise.
Le bâtiment genevois a besoin de main-d'œuvre
Un chantier nécessite une quantité importante de compétences différentes.
Avant qu'un appartement, un immeuble ou un local commercial soit terminé, plusieurs métiers peuvent intervenir successivement : démolition, maçonnerie, plâtrerie, électricité, sanitaire, chauffage, carrelage, peinture, revêtements de sols, menuiserie et finitions.
Il faut également des chefs d'équipe, techniciens, architectes, ingénieurs et responsables capables de coordonner ces interventions.
Trouver suffisamment de professionnels qualifiés pour répondre à tous les besoins représente donc un enjeu permanent pour les entreprises du bâtiment.
Les travailleurs frontaliers constituent à ce titre un bassin de main-d'œuvre immédiatement accessible autour de Genève.
Un paradoxe directement lié au logement
Cette situation rejoint d'ailleurs une autre problématique majeure du canton : la pénurie de logements à Genève.
Pour accueillir davantage d'habitants, Genève doit construire, transformer et rénover son parc immobilier.
Mais construire davantage nécessite… davantage de professionnels du bâtiment.
Il existe donc un paradoxe intéressant.
Le manque de logements contribue indirectement à pousser une partie de la population active à habiter en France voisine. Ces travailleurs traversent ensuite quotidiennement la frontière, ce qui augmente les déplacements.
Dans le même temps, une partie de cette main-d'œuvre participe justement à la construction et à la rénovation des logements dont Genève a besoin.
La question des frontaliers et celle du logement sont donc beaucoup plus liées qu'elles ne paraissent.
Les bouchons restent un véritable défi pour le Grand Genève
Reconnaître l'importance économique des travailleurs frontaliers ne signifie pas nier les problèmes de mobilité.
Lorsqu'un nombre considérable de personnes se déplacent aux mêmes heures vers un territoire relativement restreint, les infrastructures sont fortement sollicitées.
Et dans le bâtiment, le problème est encore particulier.
Tous les professionnels ne peuvent pas simplement abandonner leur véhicule.
Un artisan doit parfois transporter des machines, des outils ou des matériaux. Certains chantiers commencent tôt et les équipes peuvent intervenir à plusieurs endroits différents au cours d'une même journée.
Les transports publics constituent une partie de la solution, mais ils ne peuvent pas répondre à toutes les contraintes des métiers du bâtiment.
L'enjeu consiste donc moins à opposer résidents et frontaliers qu'à trouver des solutions permettant à cette agglomération transfrontalière de fonctionner avec le moins de nuisances possible.
Une relation où chacun doit pouvoir trouver son compte
Genève offre aux travailleurs frontaliers un marché de l'emploi dynamique et des opportunités professionnelles importantes.
En retour, ces travailleurs apportent des compétences et une main-d'œuvre dont de nombreuses entreprises ont besoin.
Dans le bâtiment, cette complémentarité est particulièrement visible.
Sur un même chantier genevois peuvent travailler des résidents du canton, des frontaliers, des Suisses vivant en France, des Français et des professionnels de nombreuses autres nationalités.
Une fois sur le chantier, la véritable question devient beaucoup plus concrète : est-ce que le travail est correctement réalisé ?
Les mêmes exigences s'appliquent à tous : respect des normes suisses, qualité d'exécution, sécurité, délais et coordination entre les différents métiers.
Le bâtiment reflète finalement le fonctionnement du Grand Genève
La frontière reste une réalité administrative, fiscale et politique. Mais économiquement, Genève et les territoires français qui l'entourent fonctionnent de plus en plus comme un même bassin de vie.
Cela ne signifie pas que cette organisation soit parfaite.
Les bouchons existent. Les infrastructures doivent suivre. Les inquiétudes concernant l'emploi ou l'évolution de la région doivent pouvoir être discutées.
Mais le bâtiment montre également qu'une collaboration quotidienne est possible.
Chez Béon Rénovation, nous retrouvons cette réalité directement sur les chantiers genevois : différents parcours, différentes entreprises et différents métiers travaillent ensemble autour d'un même projet.
Au bout du compte, le client ne demande pas au bâtiment d'où vient celui qui tient l'outil. Il attend surtout que les professionnels présents connaissent leur métier, respectent les exigences locales et réalisent correctement les travaux.
Dans un canton qui doit simultanément construire davantage, rénover son parc immobilier et répondre à une demande de logements toujours importante, les compétences disponibles de part et d'autre de la frontière restent une ressource précieuse pour le bâtiment genevois.
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