Le bâtiment à Genève manque-t-il de main-d’œuvre ?
Grues, nouveaux quartiers, rénovations d’immeubles, transformations énergétiques : Genève possède de nombreux chantiers et les besoins devraient rester importants au cours des prochaines années.
Pourtant, derrière ces projets se trouve une difficulté moins visible : trouver suffisamment de professionnels qualifiés pour les réaliser.
Maçons, peintres, carreleurs, électriciens, installateurs sanitaires, menuisiers, plâtriers ou chefs de chantier : plusieurs métiers du bâtiment connaissent des difficultés de recrutement.
Les causes sont multiples : départs à la retraite, besoins croissants, évolution des compétences, attractivité des métiers, formation et dépendance à un bassin de main-d’œuvre qui dépasse largement les frontières du canton.
Genève a besoin de professionnels pour construire et rénover
Le canton doit aujourd’hui répondre à plusieurs besoins en même temps.
Il faut construire de nouveaux logements pour faire face à la pénurie, développer de nouveaux quartiers, entretenir les immeubles existants et accélérer leur rénovation énergétique.
Les grands projets comme Praille-Acacias-Vernets, les Cherpines, Bernex ou Belle-Terre représentent des milliers de futurs logements.
À cela s’ajoutent tous les chantiers moins visibles : rénovation d’appartements, transformation de bureaux, entretien d’immeubles, commerces, hôtels et locaux professionnels.
Or, derrière chaque projet interviennent plusieurs corps de métier.
Construire davantage suppose donc mécaniquement de disposer de davantage de compétences.
Une pénurie aux causes multiples
Il serait trop simple d’expliquer le manque de main-d’œuvre par le fait que les nouvelles générations ne voudraient plus travailler dans le bâtiment.
Une partie des professionnels expérimentés approche de la retraite tandis que certains métiers attirent moins de candidats.
Dans le même temps, les entreprises recherchent des personnes qualifiées et rapidement opérationnelles.
Or, devenir un bon professionnel du bâtiment demande du temps.
Le diplôme constitue une base, mais l’expérience du chantier reste essentielle : anticiper un problème, travailler dans un bâtiment occupé, comprendre l’intervention des autres métiers ou adapter une solution lorsque la réalité ne correspond pas exactement aux plans.
Ce savoir-faire s’acquiert progressivement.
Avons-nous suffisamment valorisé les métiers manuels ?
Pendant plusieurs décennies, la réussite scolaire a souvent été associée aux études générales puis supérieures.
Les filières professionnelles et l’apprentissage ont parfois été considérés comme des parcours secondaires plutôt que comme un véritable choix de carrière.
Cette vision mérite aujourd’hui d’être remise en question.
Être habile de ses mains est une compétence. Comprendre techniquement comment fonctionne un bâtiment en est une autre.
Et toutes les personnes ne s’épanouissent pas nécessairement derrière un bureau.
Le bâtiment offre justement quelque chose de particulier : le résultat du travail est concret.
Un carreleur voit immédiatement la qualité de sa pose. Un peintre observe le résultat de sa préparation. Un menuisier transforme une matière. Un installateur met en fonctionnement l’équipement qu’il vient de réaliser.
Pour certains profils, cette dimension est particulièrement valorisante.
Des métiers qui offrent aussi des perspectives
Commencer dans un métier manuel ne signifie pas nécessairement exercer exactement la même fonction toute sa vie.
Avec l’expérience, un professionnel peut devenir chef d’équipe, responsable de chantier, conducteur de travaux, technicien ou créer sa propre entreprise.
Il peut également choisir de se spécialiser.
Cette autonomie constitue l’un des aspects parfois méconnus du bâtiment : un véritable savoir-faire peut devenir une compétence professionnelle que l’on conserve et développe pendant toute sa carrière.
Il ne faut pas non plus idéaliser le secteur
Valoriser ces professions ne signifie pas cacher leurs difficultés.
Le travail peut être physique. Les journées commencent parfois tôt. Certains environnements sont bruyants, poussiéreux ou exposés aux conditions météorologiques.
Avec l’âge, certaines tâches deviennent également plus difficiles.
Pour attirer durablement de nouveaux professionnels, le secteur doit donc continuer à améliorer les conditions de travail : équipements, prévention, mécanisation, organisation des chantiers et possibilités d’évolution.
Dire que le bâtiment recrute ne suffit pas. Il faut également donner envie d’y construire une carrière.
Des métiers de plus en plus techniques
Le bâtiment n’est d’ailleurs plus uniquement un secteur manuel.
Domotique, pompes à chaleur, photovoltaïque, ventilation, isolation, régulation énergétique et nouveaux matériaux transforment progressivement les professions.
Les normes évoluent également.
Un électricien, un installateur sanitaire ou un spécialiste de l’enveloppe du bâtiment doit aujourd’hui régulièrement actualiser ses connaissances.
Le professionnel de demain sera donc probablement à la fois manuel et technique.
Cette évolution peut justement rendre ces métiers attractifs pour une nouvelle génération qui souhaite travailler concrètement tout en utilisant des technologies modernes.
L’apprentissage suisse constitue un véritable atout
La Suisse dispose d’un système de formation professionnelle particulièrement développé.
L’apprentissage permet aux jeunes d’acquérir un métier directement en entreprise tout en suivant une formation théorique.
Cette proximité avec le terrain facilite la transmission du savoir-faire entre les générations.
Mais encore faut-il que suffisamment de jeunes considèrent ces formations comme un véritable premier choix professionnel, et non comme une orientation par défaut.
Les perspectives de spécialisation, de responsabilité et d’entrepreneuriat méritent donc d’être davantage mises en avant.
Genève peut aussi compter sur son bassin transfrontalier
Le marché du travail genevois ne s’arrête évidemment pas aux limites du canton.
La France voisine représente un bassin de population considérable et de nombreux professionnels traversent quotidiennement la frontière pour travailler sur les chantiers genevois.
Comme nous l’avons évoqué dans notre article consacré aux frontaliers dans le bâtiment à Genève, cette main-d’œuvre participe directement au fonctionnement du secteur.
Elle ne remplace pas la nécessité de former localement de nouveaux professionnels. Les deux sont complémentaires.
Dans une économie aussi ouverte que celle de Genève, l’enjeu consiste à former sur place tout en restant capable d’attirer les compétences nécessaires de l’extérieur.
Le véritable enjeu reste la qualification
Le défi des prochaines années ne sera finalement pas seulement de trouver davantage de personnes.
Il faudra surtout disposer de professionnels compétents.
Dans le bâtiment, une mauvaise exécution peut coûter beaucoup plus cher que le manque de personnel lui-même.
Une étanchéité incorrecte, une installation technique mal réalisée ou une préparation insuffisante peuvent obliger à reprendre entièrement un travail.
La transmission entre professionnels expérimentés et nouvelles générations devient donc essentielle.
Et si nous changions simplement notre regard sur ces métiers ?
La pénurie actuelle nous oblige peut-être à revoir certaines idées sur la réussite professionnelle.
Poursuivre de longues études constitue un excellent parcours pour de nombreuses personnes. Mais ce n’est pas le seul.
Apprendre un métier jeune, acquérir progressivement une expertise, prendre des responsabilités puis éventuellement créer son entreprise peut également constituer une véritable réussite professionnelle.
Un excellent artisan possède une expertise réelle, recherchée et parfois rare.
Et une compétence rare possède naturellement de la valeur.
Chez Béon Rénovation, nous constatons quotidiennement que les matériaux et les machines ne suffisent pas à réaliser un chantier.
Il faut surtout des personnes capables de comprendre l’existant, d’anticiper les difficultés et de réaliser correctement les travaux.
Genève possède de grands projets immobiliers pour les prochaines décennies. Elle doit construire de nouveaux logements, rénover les anciens et améliorer les performances énergétiques de son parc immobilier.
La question n’est donc plus uniquement de savoir ce que Genève va construire, mais également qui sera là pour le construire.
Redonner de l’attractivité et de la reconnaissance aux métiers du bâtiment fera nécessairement partie de la réponse.
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